Tai ji Quan

Art martial et méditation

 

.         Tai ji, le Faîte suprême est engendré par  Wu ji, le sans Faîte, il est à l’origine du Yin et du Yang, à l’image de la poutre faîtière, indépassable, au sommet des deux versants d’un toit.
Le  Tai ji quan est une « boxe », un art du poing obéissant à ce principe d’équilibre dynamique où les antagonismes sont complémentaires et en constante transformation. Cette boxe portait initialement les noms de boxe de la souplesse Ruan Quan ou boxe des transformations Hua Quan.
Il  fait partie de la famille des arts martiaux chinois dits internes car utilisant la structure interne du corps plus que la force physique et mettant en avant la douceur et le calme intérieur.
Ils se développèrent dès le treizième siècle dans les monastères taoïstes, mêlant l’art de guérir et la recherche spirituelle à la nécessité de se défendre.
.         Le style Yang, du nom de son fondateur à la fin du 19ème, Yang Lu Chan, fut actualisé au début du vingtième siècle par son petit fils Yang Chen Fu. Codificateur du style Yang, il oeuvra inlassablement pour sa diffusion, par son enseignement dans la première école ouverte au grand public à Pékin, ses voyages dans le sud du pays et par les ouvrages qu’il fit publier.
Toutefois, certains aspects essentiels ne furent transmis qu’au sein du cercle étroit de la famille, gardant caché une façon particulière de pratiquer appelée le  style du serpent  pour le travail de souplesse de la colonne vertébrale, de relâchement et de connexion avec les muscles profonds du corps.
Son fils aîné Yang Shou zhong  ne l’enseigna lui même qu’à son plus proche disciple Ip Tai Tak. Presque 20 ans après la mort de Yang Shou zhong, voyant le Tai ji de la famille Yang le plus répandu au monde mais s’éloignant quelquefois radicalement des principes d’origine, Ip Tai tak autorisa son disciple Robert Boyd à enseigner le style du serpent ouvertement.
.         La pratique du Tai ji quan est centrée autour de la forme, une longue séquence de mouvements codifiés, simulation d’actions de combat à main nue, effectuée seul au rythme lent et régulier d’une respiration profonde.
Cette forme peut être complétée par des pratiques avec partenaire et par d’autres formes avec des armes (sabre, épée, bâton) ainsi que d’une forme rapide d’applications.
La signification martiale du geste est sans attachement au résultat dans la forme lente. La Boxe de l’ombre est un outil pour cultiver l’intention et la mobilité, trouver la tranquillité au sein du mouvement et garder une relation juste entre quiétude et vigilance.
L’approfondissement de cet exercice semble inépuisable. La fluidité du geste délie le corps et les articulations, la pratique régulière renforce les muscles et les tendons, elle tonifie les systèmes vasculaire et respiratoire. Tout est plein, continu, rond, c’est ce que les classiques du Tai ji quan nomment par « comme un grand fleuve sans fin, ou mouvoir l’énergie comme dérouler le fil de soie du cocon ».
L’absence d’efforts brusques et de tout esprit de compétition le mettent à la portée de tous.
La clef de la pratique est la persévérance.

tai ji quan

 Tai ji Quan : note sur la transcription et la prononciation
En pinyin, la romanisation du chinois adopté par Pékin depuis 1979, le son che s’écrit avec la lettre Q, le son t’che avec la lettre J. Bien que Qi et Ji n’ont pas du tout le même sens, nous ne  faisons pas facilement la différence entre les deux sons chi et t’chi.
Taiji quan se prononce à peu près taï t’chi chuan, on le voit très souvent écrit Tai chi chuan, c’est aussi l’orthographe retenue par le dictionnaire et la fédération française des arts martiaux chinois.
Le mot Qi gong se prononce chi kong, mais d’usage plus récent, il est le plus souvent orthographié en pinyin. Nous avons préféré ici utiliser le pinyin pour les deux termes et  faire valoir la différence entre Qi et Ji.

.

planche-9-9

.

Les treize points importants du Tai ji quan de la famille Yang
Laisse tomber les épaules, tire les coudes vers le bas
Contient la poitrine et étire le dos
Le Qi descend dans le Dantian
Une énergie intangible suspend le sommet de la tête
Relâche la taille et les Kuas
Distingue le vide et le plein
Relie le haut et le bas 
Sers toi de la pensée intentionnelle, pas de la force
L’intérieur et l’extérieur fusionnent
Intention et Qi interagissent
Cherche le calme dans le mouvement
Mouvement et calme ne font qu’un
Avance d’une posture à l’autre avec harmonie
Les treize points doivent être observés dans chacun des mouvements
Extrait de L’essence du Tai ji quan de Yang Chen fu.
 poissons

.

Yang Chen Fu

Tai ji quan de la famille Yang

Historique

Les origines du Taiji quan de la famille Yang remontent au XIXème siècle. Époque où Yang Fuku que l’on nommait Yang Luchan (1799-1872) a diffusé un style de boxe utilisant la structure interne du corps plutôt que la force externe physique. Cette boxe portait initialement les noms de boxe de la souplesse (Ruan Quan) ou boxe des transformations (Hua Quan).
Yang Luchan s’est initialement formé aux boxes de style Chen auprès de Chen Changxing (1771-1853) dans le village de Chenjiagou au nord de la province du Henan. Plusieurs versions content son apprentissage avec le grand Maître du style Chen. Après cet enseignement, il n’y a plus de traces de lui jusqu’à ce qu’il devienne instructeur d’arts martiaux à la cour des Mandchous sous la dynastie des Qing (1644-1912). C’est pendant cette période qu’il matura son style de boxe, le Taiji quan de la famille Yang. En garnison, plusieurs princes mandarins dont ceux de la famille Wu le sollicitaient régulièrement. Il avait pour surnom Yang Wudí «Yang l’invincible». Il forma ainsi de nombreux soldats au sein des bataillons d’élites de l’armée impériale chinoise et en particulier les troupes du Shenji Yíng (Le bataillon du mécanisme divin) en charge de la protection de l’empereur.
Yang Luchan eut trois fils : Yang Fenghou – Yang Banhou – Yang Jianhou
Yang Banhou (1837-1892) fut d’abord formé par un élève de son père, Wu Yuxiang (1812-1880) fondateur du style Wu/Hao, puis par son père, Yang Luchan, dans le style qui allait devenir celui de la famille Yang. Il devint lui aussi un instructeur des gardes du corps de l’empereur dans le bataillon du Shenji Yíng. Il forma en particulier Wu Quanyou (1834-1902) officier de la garde impériale dont le fils Wu Jianquan devint le fondateur du style Wu.
Yang Jianhou (1839-1917) refusa l’entrainement extrêmement dur que lui imposait son père et ne fit pas cette carrière militaire. Il devint néanmoins un très grand maître de Taiji quan de la famille Yang. Grâce à sa gentillesse, il eut de nombreux disciples dont deux de ses fils, Yang Shaohou et Yang Chengfu.
Yang Shaohou (1862-1930) était un maitre de Taijiquan qui reçut pendant plus de 25 années, l’enseignement très rude de son oncle Yang Banhou. Jusqu’à ses dix ans, il a aussi profité de celle du grand père Yang Luchan et bien sur de son père Yang Jianhou. Il était réputé pour la rudesse de son enseignement, et il eut peu de disciple de ce fait. Il pratiquait une forme très rapide de Taiji quan, optimisée pour le combat rapproché. Il participa à la rédaction des premiers manuels de Taiji quan modernes (avec photos) avec son frère au début du XXème siècle.
Yang Chengfu (1883-1936) quant à lui, fut un grand réformateur du Taiji quan et la plupart des formes modernes de Taiji quan de la famille Yang ont sa paternité. Il reçu l’enseignement de son père, de son oncle Yang Banhou, mais surtout de son frère qui était de 21 ans son aîné. Entre 1914 et 1928, au sein de l’institut de recherche en culture physique de Pékin, dans un grand élan de remise en forme physique de la population chinoise, il a codifié la « forme moyenne » héritée de son père en « grande forme » adoptant le style souple, ample et harmonieux, qui fut plus tard à l’origine du Tai ji quan simplifié (la forme en 24 mouvements, créée en 1956). Il fut aidé en cela par son frère Yang Shaohou, par Wu Jianquan et Sun Lutang, le fondateur du style Sun. Cette « grande forme » se diffusa de par le monde sous l’appellation Taiji quan de la famille Yang.

yang-saucheug-et-son-pereYang Shou Zhong avec son père Yang Chen Fu

Il eut de très nombreux élèves, et parmi eux ses fils, Yang Zhen Ming, appelé aussi Yang Shou Zhong d’un premier mariage qui fût son premier disciple, puis Yang Zhen Jí, Yang Zhen Duo, Yang Zhen Guo lors d’une deuxième noce. Les trois plus jeunes Yang Zhen Jí (1921- ), Yang Zhen Duo (1926- ) et Yang Zhen Guo (1928- ) sont toujours aujourd’hui en Chine. Yang Zhen Duo est celui qui est porteur de la tradition familiale dans le monde entier au départ de la Chine. Cependant, il n’a pu profiter des cours de son père que pendant quelques années car son père mourut vers ses dix ans et il fut formé par son demi-frère Yang Shou Zhong qui était le seul des quatre a avoir reçu l’enseignement complet de sa famille. Le petit fils de Yang Zhen Duo, Yang Jun (1968- ) représente aujourd’hui la 5ème génération de maître en Taiji quan dans la lignée de la famille Yang.
Yang Shou Zhong (1910-1985) le plus vieux des quatre fils de Yang Chengfu, est celui qui fut le porteur de la tradition Yang, formé par ses parents conformément à la tradition chinoise. Il put ainsi profiter des compétences de son grand-père Yang Jianhou jusqu’à ses 7 ans, de son oncle Yang Shaohou jusqu’à 20 ans et de  son père Yang Chengfu jusqu’à 26 ans.
La tradition chinoise veut que le premier disciple soit le fils aîné de la famille, comme l’avait été son oncle Yang Shaohou. Yang Shou Zhong suivit cet enseignement particulier. A 14 ans il était déjà l’assistant de son père Yang Chengfu et à 19 ans il était maître en Taiji quan et formateur des officiels du gouvernement chinois. Il forma aussi ses demi-frères à la disparition de son père.
Yang Shou Zhong quitta la Chine en 1949 pour Hong-Kong. Il vécut à Yuen Long dans les nouveaux territoires. Il travaillait dans une usine de feux d’artifices tout en donnant des cours de Taiji quan à quelques élèves. Il perdit sa première femme et son fils pendant la guerre. Par la suite, il eut trois filles d’un deuxième mariage, Yang Di (Amy), Yang Mali (Mary) et Yang Yili (Agnès) qui reçurent une partie de son enseignement.

Yang-Sau-cheung-et-Ip-Tai-takYang Shou Zhong et Ip Tai Tak

En 1954, Ip Tai Tak devint son élève et en 1958, son premier disciple. Le rang d’un fils ! Ip Tai Tak aida Yang Shou Zhong à s’installer à Hong Kong afin d’y enseigner le Taiji quan. Il resta à ses côtés dans son école durant plus de 30 ans.
Yang Shou Zhong eut deux autres disciples, Chu Gin Soon en 1977 qui créa une école aux États-Unis et Chu King Hung en 1983 qui créa une école en Europe. Yang Shou Zhong décéda en 1985. Sa fille, Sifu Mary Yang continua l’école de son père et enseigne encore aujourd’hui.

JP.G

Le style du Serpent

« le style caché de la famille Yang »

 .

bandeau-gris-ligne-yang-newLa filiation du style du Serpent

Ip Tai Tak (1929 – 2004) débuta sa carrière d’artiste martial à l’école primaire où il étudia le kung-fu et le judo. A 21 ans il découvrit le Taiji quan avec Maître Dong Yīngjié qui était un élève de Yang Chengfu et de Yang Shaohou. Il étudia avec lui pendant 4 années et il devint son assistant. Après avoir admiré une démonstration de Yang Shou Zhong au sabre, il devint élève puis premier disciple de ce dernier pendant près de 30 ans.
Son statut de premier disciple et le fait que son maître n’ait pas d’héritier masculin, lui ont permis d’acquérir l’apprentissage de la forme du Serpent du style Yang. La pratique que lui présenta alors Yang Shou Zhong différait de ce qu’il avait appris jusqu’alors. Il accédait à l’essence de la pratique familiale. Cette forme comprenait en plus de la forme Yang enseignée vers l’extérieur, des qi gong spécifiques, une forme rapide et une poussée des mains beaucoup plus martiale qu’il pratiqua pendant 24 années avec son maître.

ip tak tai yang sau cheungIp Tai Tak (à gauche) dans une application avec un de ses élèves

Son fils n’ayant pas souhaité faire carrière dans la pratique du Taiji quan, Ip Tai Tak prit alors la décision de former deux disciples hors de sa famille : John Ding, qui instruit à Londres et Robert (Bob) Boyd dont l’école est à Burlington (Vermont) aux États-Unis. Il lui donna son nom de disciple : Bao Tak Fa

Robert Boyd a un parcours martial qui débute dans les années 60 à Burlington, dans une salle d’entrainement qu’il occupe encore aujourd’hui. Il commença par un art martial externe, le Karaté, qu’il pratiqua pendant plus de 17 ans. Ensuite,BOB-3-small il bascula vers les arts internes et le Taiji quan en particulier avec John Conroy qui était un élève de Chu Gin Soon, le deuxième disciple de Yang Shou Zhong. Il devint enseignant en Taiji quan de la forme Yang dans sa forme diffusée pour tous, le style du Tigre créé par Yang Chengfu, et la pratiqua de 1984 à 2000.
Sa rencontre avec Ip Tai Tak à Hong Kong en 2000, fût une révélation car les principes qui ont accompagné toutes ses formations en Taiji quan sont alors devenus limpides. Il dut pour cela faire le vide de ses formations antérieures, oublier un style, celui du tigre, qui développe sa puissance à partir des jambes, pour laisser venir un style dont le coeur se situe dans la colonne vertébrale, le style du serpent.

JP.G

logo_ISSA-120

.
Bob Boyd a créé l’ISSA en 2002, International Snake Style Associations  afin de développer et promouvoir ce style

.

En novembre 2009, Thierry Baë découvre le Snake Style avec Master Bob Boyd et sa pratique du Taiji quan en est radicalement transformée. Cette première rencontre est suivie de nombreux échanges, il continue sa recherche dans cette direction avec son amicale conduite et il devient son disciple le 5 mai 2011, sous le nom de Bei Di Xi.

thierry-bae-2013-bis

Thierry Baë s’est formé très jeune à différentes pratiques corporelles, le mime, la danse. Danseur et chorégraphe reconnu, il a enseigné durant 35 ans dans de nombreux stages de danse contemporaine en France et à l’étranger.
Il a débuté sa formation des arts internes en 1980, Taiji quan style Yang et Qi gong, auprès de Wang Wei Go, Jean Gortais, Chu King Hung et Erle Montaigue pour le style Yang ancien (la vieille forme de Chen Pan Ling) et le Ba Gua Zhang. Il s’est formé aussi aux différents styles de Taiji quan (Chen, Wu) puis au Xing yi quan avec Wang Fu Lai. Après avoir étudié avec différents maîtres les enchaînements traditionnels, il a travaillé également en Qi Gong avec Bruce Kumar Frantzis.
Parallèlement à sa carrière de chorégraphe, il a aussi enseigné le Tai ji quan de style Yang et le Qi gong dans de nombreux stages ces trente dernières années.
Depuis 2012, il se consacre exclusivement à l’enseignement des pratiques énergétiques et à la transmission du style du serpent. Il a également ouvert un cursus de formation Qi gong en 2015.
Thierry Baë a développé une pédagogie originale offrant à chacun la possibilité de vivre un dialogue réel entre corps physique et corps énergétique.
L’association Hua s’est crée en 2004 afin d’organiser et de diffuser son enseignement.

logo-hua-60

.

 .

 .

Chen Wei Ming (1881-1958) disciple dchenweiminge Yang Chen fu.
Pratiquant initialement le Xing yi quan et le Bagua zhang, ce lettré, auteur de plusieurs ouvrages consacrés au Tai ji quan et à l’enseignement de Yang Chen fu, fut un des principaux artisans de la diffusion du style Yang.
Il ouvrit une école quand il s’installa à Shanghai en 1925,  la « Société de Boxe pour la réalisation de la douceur ».
Les photos au dessous de Chen Wei Ming dans les postures de la forme du Tai ji quan de la famille Yang datent  de 1925.

Chen Wei Ming

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11